• Saltimbanques

    Dans la plaine les baladins

    S'éloignent au long des jardins

    Devant l'huis des auberges grises

    Par les villages sans églises.

     

    Et les enfants s'en vont devant

    Les autres suivent en rêvant

    Chaque arbre fruitier se résigne

    Quand de très loin ils lui font signe.

     

    Ils ont des poids ronds ou carrés

    Des tambours des cerceaux dorés

    L'ours et le singe animaux sages

    Quêtent des sous sur leur passage.

    Guillaume Apollinaire


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  • Souvenir

    Un soir du dernier carnaval,

    - Un froid de loup, je me rappelle, -

    Nous revenions tous deux du bal,

    Bien tard, bien tard, mademoiselle.

     

    Je m'en souviens, ô vrai bonheur !

    Des airs joués à l'ouverture,

    Les battements de votre cœur

    Gardaient encore la mesure.

     

    - Si vous m'aimiez ?  - Je ne sais rien.

    Toujours est-il que la dernière

    Vous songeâtes que votre main

    Tenait la mienne prisonnière.

     

    Pourquoi marchions-nous lentement,

    Par un de ces froids de Norvège,

    Malgré le vent qui par moments

    Fouettait nos fronts, malgré la neige ?

     

    C'est que, vois-tu, nous nous aimions

    Déjà beaucoup, je me rappelle,

    Le soir que seuls nous revenions

    Bien tard, bien tard, mademoiselle.

    Eudore Evanturel


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  • Le soir sur l'eau

    La noire gondole se glissait le long des palais de marbre,

    comme un bravo qui court à quelque aventure de nuit,

    un stylet et une lanterne sous sa cape.

     

    Un cavalier et une dame y causaient d'amour :

    - "Les orangers si parfumés, et vous si indifférente !

    Ah ! signora, vous êtes une statue dans un jardin !"

     

    - "Ce baiser est-il d'une statue, mon Georgio ?

    pourquoi boudez-vous ?  -  Vous m'aimez donc ? -

    Il n'est pas au ciel une étoile qui ne le sache et tu ne le sais pas ?"

    - Quel est ce bruit ? - Rien, sans doute le clapotement

    des flots qui monte et descend une marche des escaliers de la Giudecca.

     

    - Au secours ! au secours ! - Ah ! mère du Sauveur,

    quelqu'un qui se noie ! - Écartez-vous ;

    il est confessé dit un moine qui parut sur la terrasse.

     

    Et la noire gondole fonça de rames, se glissant le long

    des palais de marbre comme un bravo qui revient de quelque aventure de nuit,

    un stylet et une lanterne sous sa cape.

    Aloysius Bertrand


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  • Février

    Aux pans du ciel l'hiver drape un nouveau décor ;

    Au firmament l'azur de tons roses s'allume ;

    Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume

    Des petits moineaux gris qu'on y retrouve encor.

     

    Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort ;

    Et, dans les ravins creux qui s'emplissent de brume,

    Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume

    L'Orient plus vermeil met une épingle d'or.

     

    Folâtre, et secouant sa clochette argentine,

    Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine

    Sur le plancher rustique ou le tapis soyeux ;

     

    Le spleen chassé s'en va chercher d'autres victimes ;

    La gaîté vient s'asseoir à nos cercles intimes...

    C'est le mois le plus court : passons-le plus joyeux.

    Louis Honoré Fréchette


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  • C'est bientôt le Carnaval

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