• Soir d'automne

    L'automne est la saison dolente.

     

    L'âme des labours assoupis

    Berce d'une hymne somnolente

    L'enfance des futurs épis ;

     

    Et, triste, la mer de Bretagne

    Se prend à gémir, dans le soir.

    Par les sentiers de la montagne,

    Commence à rôder le Mois Noir.

     

    Et les cloches ont l'air de veuves,

    Dans les clochers silencieux...

    Nous n'irons plus aux aires-neuves !

    Voici l'hiver, le temps des vieux.

     

    Pour le départ des alouettes,

    Tintent les glas des abandons.

    Pleurez, ô chapelles muettes,

    Les cierges éteints des Pardons !

     

    ... Avec les oiseaux de passage,

    Les Clercs s'en vont aux premiers froids.

    Ils emportent, selon l'usage,

    Leurs livres, noués trois par trois.

     

    L'automne est la saison dolente.

    Les mères, sur le seuil, longtemps,

    De leur bénédiction lente

    Encouragent les hésitants ;

     

    Car près d'enjamber la barrière,

    Plus d'un a suspendu son pas,

    Comme si des voix, par derrière,

    Lui chuchotaient : " Ne t'en va pas ! "

    Anatole Le Braz


    17 commentaires
  • L'éternel féminin

    La montagne portait sa robe d'or bruni,

    Or fragile tombant, feuille à feuille, des branches,

    Dans le chemin, parmi la foule du dimanche,

    Sur les sentiers ombreux et le gazon terni.

     

    Reposés de leur course à travers l'infini,

    Et doux, comme l'émoi d'une âme qui s'épanche,

    Les rayons du soleil d'octobre, en nappes blanches

    Sur le sol déjà froid, versaient un feu béni.

     

    Ce ne fût que le soir, en soufflant ma veilleuse,

    Que me vint nettement l'image glorieuse

    Dans ses mille détails ternes et rutilants.

     

    J'avais distraitement vu les choses agrestes,

    Trop attentif à suivre ou deviner les gestes

    D'une fille aux yeux noirs qui ramassait des glands.

    Alphonse Beauregard


    13 commentaires
  • Crépuscule rustique

    La profondeur du ciel occidental s'est teinte

    D'un jaune paille mûre et feuillage rouillé,

    Et, tant que la lueur claire n'est pas éteinte,

    Le regard qui se lève est tout émerveillé.

     

    Les nuances d'or clair semblent toutes nouvelles.

    Le champ céleste ondule et se creuse en sillons,

    Comme un chaume, où reluit le safran des javelles

    Qu'une brise éparpille, et roule en gerbillons.

     

    Chargé des meules d'ambre, où luit, par intervalle,

    Le reflet des rayons amortis du soleil,

    Le nuage, d'espace en espace, dévale,

    Traîne, s'enfonce, plonge à l'horizon vermeil.

     

    Mais l'ombre, lentement, traverse la campagne,

    Et glisse, à vol léger, au fond des plaines d'or.

    Septembre, glorieux, derrière la montagne,

    A roulé, pour la nuit, le char de Messidor.

    Nérée Beauchemin


    15 commentaires
  • Les feuilles mortes

    Simone, allons au bois : les feuilles sont tombées ;

    Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Elles ont des couleurs si douces, des tons si graves,

    Elles sont sur la terre de si frêles épaves !

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Elles ont l'air si dolent à l'heure du crépuscule,

    Elles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Quand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes,

    Elles font un bruit d'ailes ou de robes de femme :

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Viens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes.

    Viens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

    Rémy de Gourmont


    10 commentaires
  • Silence d'automne

    C'est le silence de l'automne

    Où vibre un soleil, monotone

    Dans la profondeur des cieux blancs...

    Voici qu'à l'approche du givre

    Les grands bois s'arrêtent de vivre

    Et retiennent leurs coeurs tremblants.

     

    Vois, le ciel vibre, monotone ;

    C'est le silence de l'automne.

     

    O forêt ! qu'ils sont loin les oiseaux d'autrefois

    Et les murmures d'or des guêpes dans les bois !

    Adieu, la vie immense et folle qui bourdonne !

    Entends, dans cette paix qui comme toi frissonne,

    Combien s'est ralenti le coeur fougueux des bois

    Et comme il bat, à coups dolents et monotones

    Dans le silence de l'automne !

    Fernand Gregh


    15 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique