• Crépuscule rustique

    La profondeur du ciel occidental s'est teinte

    D'un jaune paille mûre et feuillage rouillé,

    Et, tant que la lueur claire n'est pas éteinte,

    Le regard qui se lève est tout émerveillé.

     

    Les nuances d'or clair semblent toutes nouvelles.

    Le champ céleste ondule et se creuse en sillons,

    Comme un chaume, où reluit le safran des javelles

    Qu'une brise éparpille, et roule en gerbillons.

     

    Chargé des meules d'ambre, où luit, par intervalle,

    Le reflet des rayons amortis du soleil,

    Le nuage, d'espace en espace, dévale,

    Traîne, s'enfonce, plonge à l'horizon vermeil.

     

    Mais l'ombre, lentement, traverse la campagne,

    Et glisse, à vol léger, au fond des plaines d'or.

    Septembre, glorieux, derrière la montagne,

    A roulé, pour la nuit, le char de Messidor.

    Nérée Beauchemin


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  • Les feuilles mortes

    Simone, allons au bois : les feuilles sont tombées ;

    Elles recouvrent la mousse, les pierres et les sentiers.

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Elles ont des couleurs si douces, des tons si graves,

    Elles sont sur la terre de si frêles épaves !

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Elles ont l'air si dolent à l'heure du crépuscule,

    Elles crient si tendrement, quand le vent les bouscule !

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Quand le pied les écrase, elles pleurent comme des âmes,

    Elles font un bruit d'ailes ou de robes de femme :

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

     

    Viens : nous serons un jour de pauvres feuilles mortes.

    Viens : déjà la nuit tombe et le vent nous emporte.

     

    Simone, aimes-tu le bruit des pas sur les feuilles mortes ?

    Rémy de Gourmont


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  • Silence d'automne

    C'est le silence de l'automne

    Où vibre un soleil, monotone

    Dans la profondeur des cieux blancs...

    Voici qu'à l'approche du givre

    Les grands bois s'arrêtent de vivre

    Et retiennent leurs coeurs tremblants.

     

    Vois, le ciel vibre, monotone ;

    C'est le silence de l'automne.

     

    O forêt ! qu'ils sont loin les oiseaux d'autrefois

    Et les murmures d'or des guêpes dans les bois !

    Adieu, la vie immense et folle qui bourdonne !

    Entends, dans cette paix qui comme toi frissonne,

    Combien s'est ralenti le coeur fougueux des bois

    Et comme il bat, à coups dolents et monotones

    Dans le silence de l'automne !

    Fernand Gregh


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  • Coeur d'automne

    C'est l'automne morne

    Du coeur ténébreux

    Dans l'ombre sans borne

    Où couvent nuls feux.

     

    C'est la caravane

    Des lents abandons

    Des fleurs qui se fanent

    Sur les guéridons

     

    C'est le temps sonné

    Des moissons perdues

    Qui n'ont pas rendu

    Ce qu'on a donné.

     

    C'est la terre en friche

    Du coeur désolé

    Par l'oubli du riche

    Hier envolé.

     

    C'est l'instant certain

    Des lendemains froids

    Le reflet étroit

    Du miroir éteint.

     

    C'est la saison morte

    Où rien ne répond.

    J'ai fermé ma porte

    Et coupé les ponts.

    Maryse Gevaudan


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  • L'automne

    A toute autre saison je préfère l'automne ;

    Et je préfère aux chants des arbres pleins de nids

    La lamentation confuse et monotone

    Que rend la harpe d'or des grands chênes jaunis.

     

    Je préfère aux gazons semés de pâquerettes

    Où la source égrenait son collier d'argent vif,

    La clairière déserte où, tristes et discrètes,

    Les feuilles mortes font leur bruit doux et plaintif.

     

    Ici, c'est un grand feu de fougère flétrie

    D'où monte dans le ciel la fumée aux flots bleus,

    Et, comme elle, la vague et lente rêverie

    Du pâtre regardant l'horizon nébuleux

     

    Plus loin, un laboureur, sur la lande muette,

    S'appuie à la charrue, et le soleil couchant

    Détache sur fond d'or la fière silhouette

    Du bouvier et des boeufs arrêtés en plein champ.

     

    L'on se croirait devant un vitrail grandiose,

    Où quelque artiste ancien, saintement inspiré,

    Aurait représenté dans une apothéose

    Le serf et l'attelage, et l'araire sacré...

    F. Fabie


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