• Ô narcisses et chrysanthèmes

    Ô narcisses et chrysanthèmes

    De ce crépuscule d'automne

    Où nos voix reprenaient les thèmes

    Tant tristes du vent monotone !

     

    Des enfants dansaient sur la route

    Qui même vers la lande noire

    Où hurla jadis la déroute,

    Sous la lune, des rois sans gloire.

     

    Nous chantions des chants des vieux âges

    En allant tous deux vers la ville,

    Toi si grave avec tes yeux sages

    Et moi dont l'âme fut si vile.

     

    Le jour tombait au son des cloches

    Dans l'eau lente de la rivière

    Qui charriait vers des mers proches

    La flotte à la noire bannière.

     

    Nous fûmes trop fous pour comprendre

    Les présages du crépuscule :

    Voici l'ombre où l'on croit entendre

    Les sanglots d'un dieu qui recule.

     

    La flotte a fui vers d'autres astres,

    Les enfants sont morts sur la route,

    Et les fleurs, au vent des désastres,

    Ne sont qu'un souvenir de doute.

     

    Sais-tu le chemin de la ville,

    Toi si grave avec tes yeux sages ?

    Ah ! mon âme qui fut trop vile

    A peur des chansons des vieux âges !

    Stuart Merril


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  • Fruits d'automne

    Je me suis bien régalé de fruits d'automne,

    Je me suis bien régalé avec la pomme du pommier.

    Je n'ai surtout pas mangé le gland du chêne,

    Je n'ai surtout pas mangé le marron du marronnier.

    Je me suis bien régalé de fruits d'automne,

    Je me suis bien régalé avec la poire du poirier.

    Je n'ai surtout pas mangé le gland du chêne,

    Je n'ai surtout pas mangé le marron du marronnier.

    Roland Topor


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  • Soir d'automne

    L'automne est la saison dolente.

     

    L'âme des labours assoupis

    Berce d'une hymne somnolente

    L'enfance des futurs épis ;

     

    Et, triste, la mer de Bretagne

    Se prend à gémir, dans le soir.

    Par les sentiers de la montagne,

    Commence à rôder le Mois Noir.

     

    Et les cloches ont l'air de veuves,

    Dans les clochers silencieux...

    Nous n'irons plus aux aires-neuves !

    Voici l'hiver, le temps des vieux.

     

    Pour le départ des alouettes,

    Tintent les glas des abandons.

    Pleurez, ô chapelles muettes,

    Les cierges éteints des Pardons !

     

    ... Avec les oiseaux de passage,

    Les Clercs s'en vont aux premiers froids.

    Ils emportent, selon l'usage,

    Leurs livres, noués trois par trois.

     

    L'automne est la saison dolente.

    Les mères, sur le seuil, longtemps,

    De leur bénédiction lente

    Encouragent les hésitants ;

     

    Car près d'enjamber la barrière,

    Plus d'un a suspendu son pas,

    Comme si des voix, par derrière,

    Lui chuchotaient : " Ne t'en va pas ! "

    Anatole Le Braz


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  • L'éternel féminin

    La montagne portait sa robe d'or bruni,

    Or fragile tombant, feuille à feuille, des branches,

    Dans le chemin, parmi la foule du dimanche,

    Sur les sentiers ombreux et le gazon terni.

     

    Reposés de leur course à travers l'infini,

    Et doux, comme l'émoi d'une âme qui s'épanche,

    Les rayons du soleil d'octobre, en nappes blanches

    Sur le sol déjà froid, versaient un feu béni.

     

    Ce ne fût que le soir, en soufflant ma veilleuse,

    Que me vint nettement l'image glorieuse

    Dans ses mille détails ternes et rutilants.

     

    J'avais distraitement vu les choses agrestes,

    Trop attentif à suivre ou deviner les gestes

    D'une fille aux yeux noirs qui ramassait des glands.

    Alphonse Beauregard


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  • Crépuscule rustique

    La profondeur du ciel occidental s'est teinte

    D'un jaune paille mûre et feuillage rouillé,

    Et, tant que la lueur claire n'est pas éteinte,

    Le regard qui se lève est tout émerveillé.

     

    Les nuances d'or clair semblent toutes nouvelles.

    Le champ céleste ondule et se creuse en sillons,

    Comme un chaume, où reluit le safran des javelles

    Qu'une brise éparpille, et roule en gerbillons.

     

    Chargé des meules d'ambre, où luit, par intervalle,

    Le reflet des rayons amortis du soleil,

    Le nuage, d'espace en espace, dévale,

    Traîne, s'enfonce, plonge à l'horizon vermeil.

     

    Mais l'ombre, lentement, traverse la campagne,

    Et glisse, à vol léger, au fond des plaines d'or.

    Septembre, glorieux, derrière la montagne,

    A roulé, pour la nuit, le char de Messidor.

    Nérée Beauchemin


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