• La violette

    " Pourquoi faut-il qu'à tous les yeux

    Le destin m'ait cachée au sein touffu de l'herbe,

    Et qu'il m'ait refusé, de ma gloire envieux,

    La majesté du lis superbe ?

     

    Ou que n'ai-je l'éclat vermeil

    Que donne le printemps à la rose naissante,

    Quand, dans un frais matin, les rayons du soleil

    Ouvrent sa robe éblouissante ?

     

    Peut-être pourrais-je en ces lieux

    Captiver les regards de la jeune bergère

    Qui traverse ces bois, et, d'un pied gracieux,

    Foule la mousse bocagère.

     

    Avant qu'on m'eût vu me flétrir,

    Je me serais offerte à ses beaux doigts d'albâtre ;

    Elle m'eût respirée, et j'eusse été mourir

    Près de ce sein que j'idolâtre.

     

    Vain espoir ! on ne te voit pas ;

    On te dédaigne, obscure et pâle violette !

    Ton parfum même est vil ; et ta fleur sans appas

    Mourra dans ton humble retraite. "

     

    Ainsi, dans son amour constant,

    Soupirait cette fleur, amante désolée ;

    Quand la bergère accourt, vole, et passe en chantant ;

    Le fleur sous ses pas est foulée.

     

    Son disque, à sa tige arraché,

    Se brise et se flétrit sous le pied qui l'outrage ;

    Il perd ses doux parfums, et languit desséché

    Sur la pelouse du bocage.

     

    Mais il ne fut pas sans attrait

    Ce trépas apporté par la jeune bergère,

    Et l'on dit que la fleur s'applaudit en secret

    D'une mort si douce et si chère.

    Charles-Julien Lioult de Chênedollé


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  • Si les roses, qui ne durent qu'un jour faisaient des histoires... elles diraient :

    " Nous avons toujours vu le même jardinier ; de mémoire de rose on n'a vu que lui... Assurément il ne meurt point comme nous, il ne change seulement pas. "
    Bernard Fontenelle


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  • Il paraît que la rose bleue a été longtemps le rêve de Balzac. Elle était aussi le mien dans mon enfance,  car les enfants comme les poètes sont amoureux de ce qui n'existe ps.
    George Sand


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  • Les femmes sont fleurs

    Il y a des moments où les femmes sont fleurs ;

    On n'a pas de respect pour ces fraîches corolles...

    Je suis un papillon qui fuit des choses folles,

    Et c'est dans un baiser suprême que je meurs.

     

    Mais il y a parfois de mauvaises rumeurs ;

    Je t'ai baisé le bec, oiseau bleu qui t'envoles,

    J'ai bouché mon oreille aux funèbres paroles ;

    Mais, Muse, j'ai fléchi sous tes regards charmeurs.

     

    Je paie avec mon sang véritable, je paie

    Et ne recevrai pas, je le sais, de monnaie,

    Et l'on me laissera mourir au pied du mur.

     

    Ayant traversé tout, inondation, flamme,

    Je ne me plaindrai pas, délicieuse femme,

    Ni du passé, ni du présent, ni du futur !

    Charles Cros


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  • Prends cette rose

    Prends cette rose aimable comme toi

    Qui sert de rose aux roses les plus belles,

    Qui sert de fleur aux fleurs les plus nouvelles,

    Dont la senteur me ravit tout de moi.

     

    Prend cette rose et ensemble reçois

    Dedans ton sein mon cœur qui n'a point d'ailes :

    Il est constant et cent plaies cruelles

    N'ont empêché qu'il ne gardât sa foi.

     

    La rose et moi différons d'une chose :

    Un Soleil voit naître et mourir la rose,

    Mille Soleils ont vu naître m'amour,

     

    Dont l'action jamais ne se repose.

    Que plût à Dieu que telle amour, enclose,

    Comme une fleur, ne m'eut duré qu'un jour.

    Pierre de Ronsard


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