• La mer est plus belle

    La mer est plus belle

    Que les cathédrales,

    Nourrice fidèle,

    Berceuse de râles,

    La mer sur qui prie

    La Vierge Marie !

     

    Elle a tous les dons

    Terribles et doux.

    J'entends ses pardons

    Gronder ses courroux.

    Cette immensité

    N'a rien d'entêté.

     

    Oh ! si patiente,

    Même quand méchante !

    Un souffle ami hante

    La vague, et nous chante :

    "Vous sans espérance,

    Mourez sans souffrance !"

     

    Et puis sous les cieux

    Qui s'y rient plus clairs,

    Elle a des airs bleux,

    Roses, gris et verts...

    Plus belle que tous,

    Meilleure que nous !

    Paul Verlaine


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  • Soleil couchant

    Les ajoncs éclatants, parure du granit,

    Dorent l'âpre sommet que le couchant allume ;

    Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,

    La mer sans fin commence où la terre finit.

     

    À mes pieds c'est la nuit, le silence. Le nid

    Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume ;

    Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,

    À la vaste rumeur de l'Océan s'unit.

     

    Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,

    Des landes, des ravins, montent des voix lointaines

    De pâtres attardés ramenant le bétail.

     

    L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,

    Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,

    Ferme les branches d'or de son rouge éventail.

    José Maria de Heredia


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  • Mon ami le soleil

    Inutile de te cacher,

    Soleil ! J'ai entendu ton rire

    Bondir et rebondir

    Tout ce jeudi d'été

    Derrière les nuées.

     

    Sur la vitre mouillée du ciel,

    Ne t'ai-je pas surpris, farceur,

    À dessiner un arc-en-ciel

    Avec mes crayons de couleur ?

     

    Mais voici que tombe le soir

    Et doucement, tu t'aplatis

    Sous les rideaux, comme un ami,

    Pour venir me dire bonsoir.

    Maurice Carême


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  • Voir un champ de lavandes c'est comme voit l'océan

    Ses fleurs mallifères qui se dressent en épis

    Attirent les abeilles comme les papillons

    Et donne aux piles de linges comme un vent de fraîcheur.

    Alain


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  • La mer

    Loin des grands rochers noirs que baise la marée,

    La mer calme, la mer au murmure endormeur,

    Au large, tout là-bas, lente s'est retirée,

    Et son sanglot d'amour dans l'air du soir se meurt.

     

    La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,

    Au profond de son lit de nacre inviolé

    Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,

    Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.

     

    La mer aime le ciel : c'est pour mieux lui redire,

    À l'écart, en secret, son immense tourment,

    Que la fauve amoureuse, au large se retire,

    Dans son lit de corail, d'ambre et de diamant.

     

    Et la brise n'apporte à la terre jalouse,

    Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux :

    L'âme des océans frémit comme une épouse

    Sous le chaste baiser des impassibles cieux.

    Nérée Beauchemin


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