• Le soleil

    Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures

    Les persiennes, abri des secrètes luxures,

    Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés

    Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,

    Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,

    Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,

    Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,

    Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

     

    Ce père nourricier, ennemi des chloroses,

    Éveille dans les champs les vers comme les roses ;

    Il fait s'évaporer les soucis vers le ciel,

    Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.

    C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles

    Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,

    Et commande aux moissons de croître et de mûrir

    Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir !

     

    Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes,

    Il ennoblit le sort des choses les plus viles,

    Et s'introduit en roi, sans bruit et sans valets,

    Dans touts les hôpitaux et dans tous les palais.

    Charles Baudelaire


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  • Le temps des vacances

    C'est le temps béni des vacances.

    Le vent fait des noeuds d'hirondelles.

    Le jour est rond comme une amande.

    Tout le village sent le miel.

    Le soleil a pendu sa lampe

    Juste au-dessus des vaches blanches

    Étonnées de n'avoir plus d'ombre,

    Mais les prairies qui, près du bois,

    Tremblent doucement sous leur poids

    N'ont jamais été si profondes.

    Maurice Carême


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  • La cigale

    le soleil fendille la terre,

    Aucun bruit ne trouble les champs ;

    On n'entend plus les joyeux chants

    Des oiseaux qui chantaient naguère.

    Tous par la chaleur assoupis

    Sous les buissons se sont tapis.

    Seule une cigale est sur l'aire.

     

    Son ventre sonore se meut ;

    Sur une gerbe elle est posée ;

    Seule elle n'est point épuisée

    Par l'astre à l'haleine de feu.

    Et la chanteuse infatigable

    Jette dans l'air brûlant et bleu

    Sa ritournelle interminable.

    Marcel Pagnol


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  • Fin d'été

    Le bruissement des feuilles

    Dans la branche agitée

    Est cri sourd de forêt

    Que la nuée recueille.

     

    Un murmure discret

    Comme un soupir en deuil

    A moins qu'elle n'effeuille

    Chant que vent porterait

     

    En languissant regret

    De l'automne à son seuil

    Par l'été en retrait.


    Maryse Gevaudan


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  • Voici que la saison décline...

    Voici que la saison décline,

    L'ombre grandit, l'azur décroît,

    Le vent fraîchit sur la colline,

    L'oiseau frissonne, l'herbe a froid.

     

    Août contre septembre lutte ;

    L'océan n'a plus d'alcyon ;

    Chaque jour perd une minute,

    Chaque aurore pleure un rayon.

     

    La mouche, comme prise au piège,

    Est immobile à mon plafond ;

    Et comme un blanc flocon de neige,

    Petit à petit, l'été fond.

    Victor Hugo


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