• L'air en conserve

    Dans une boite, je rapporte

    Un peu de l'air de mes vacances

    Que j'ai refermé par prudence.

    Je l'ouvre ! Fermez bien la porte

     

    Respirez à fond ! Quelle force !

    La campagne en ma boite enclose

    Nous redonne l'odeur des roses,

    Le parfum puissant des écorces,

     

    Les arômes de la forêt...

    Mais couvrez vous bien, je vous prie,

    Car la boite est presque finie :

    C'est que le fond de l'air est frais.

    Jacques Charpentreau


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  • Soir d'été

    Il va se brûler les ailes,

    Le papillon mordoré

    Qui danse dans la tonnelle

    Autour du globe doré.

     

    Se sont endormies, les roses trémières.

    L'eden odorant cache ses trésors.

    Ebloui, grisé, ivre de lumière,

    Le bel imprudent tourbillonne encor.

     

    Au bord de l'étang, qui dort à la brune,

    Lers saules pleureurs bruissent doucement.

    Ecrin de velours au croissant de lune,

    L'azur étoilé peint ses diamants.

     

    Généreux été, merveilleuse offrande,

    Nirvana du corps sevré de désirs.

    Enfin apaisé, le coeur ne demande

    Qu'à se souvenir des nobles plaisirs.

     

    Quand aux premiers temps de notre naissance,

    Chaque aube nouvelle était un cadeau.

    Quand dans les années de la connaissance,

    La vie s'écoulait comme un frais ruisseau.

     

    Il s'en est allé le bonheur fugace.

    Soudain mon destin te fut étranger.

    Personne depuis n'occupe ta place

    Sur le banc de bois, près de l'oranger.

     

    L'ombre peu à peu gagne toute chose,

    Fait de mon jardin un monde irréel.

    Au couchant, là-bas, des nuages roses,

    Avant de sombrer embrasent le ciel.

     

    La nuit tout à coup étreint la tonnelle

    Que le papillon vient de déserter.

    Le bel imprudent s'est brûlé les ailes,

    Comme je l'ai fait, un beau soir d'été.

    Renée Jeanne Mignard

    Je remercie Renée Jeanne Mignard de me permettre de publier ses poèmes sur mon blog.


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  • Les manières du soleil

    Le soleil luit pour tout le monde

    Mais un peu plus ou un peu moins.

    Il en est que son chaud inonde

    D'autres ne le voient que de loin.

     

    Il luit plus pour le cormoran

    Que pour la taupe ou le cafard.

    Il luit plus à Perpignan

    Qu'à Lille ou à Hénin-Liétard.

     

    Le soleil luit pour tout le monde

    Mais plutôt plus ou plutôt moins.

    Claude Roy


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  • La mer

    La mer brille

    Comme une coquille

    On a envie de la pêcher.

     

    La mer est verte

    La mer est grise

    Elle est d'azur

    Elle est d'argent et de dentelle.

    Paul Fort


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  • Chaleur

    Tout luit, tout bleuit, tout bruit,

    Le jour est brûlant comme un fruit

    Que le soleil fendille et cuit.

    Chaque petite feuille est chaude

    Et miroite dans l'air où rode

    Comme un parfum de reine claude.

    Du soleil comme de l'eau pleut

    Sur tout le pays jaune et bleu

    Qui grésille et oscille un peu.

    Un infini plaisir de vivre

    S'élance de la forêt ivre,

    Des blés roses comme du cuivre.

    Anna de Noailles


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