• Hymne au soleil

    Toi qui sèches les pleurs des moindres graminées,

    Qui fais d'une fleur morte un brillant papillon,

    Lorsqu'on voit, s'effeuillant comme des destinées,

    Trembler au vent des Pyrénées

    Les amandiers du Rousillon.

     

    Je t'adore, Soleil ! ô toi dont la lumière,

    Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel,

    Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière,

    Se divise et demeure entière

    Ainsi que l'amour maternel !

     

    Je te chante, et tu peux m'accepter pour ton prêtre,

    Toi qui viens dans la cuve où trempe un savon bleu

    Et qui choisis, souvent, quand tu veux disparaître,

    L'humble vitre d'une fenêtre

    Pour lancer ton dernier adieu !

     

    Tu fais tourner les tournesols du presbytère,

    Luire le frère d'or que j'ai sur le clocher,

    Et quand, par les tilleuls, tu viens avec mystère,

    Tu fais bouger des ronds par terre

    Si beaux qu'on n'ose plus marcher !

     

    Tu changes en émail le vernis de la cruche ;

    Tu fais un étendard en séchant un torchon ;

    La meule a, grâce à toi, de l'or sur sa capuche,

    Et sa petite soeur la ruche,

    A de l'or sur son capuchon !

     

    Gloire à toi sur les prés ! Gloire à toi dans les vignes !

    Sois bénis parmi l'herbe et contre les portails !

    Dans le yeux des lézards et sur l'aile des cygnes !

    Ô toi qui fais les grandes lignes

    Et qui fais les petits détails !

     

    C'est toi qui, découpant la soeur jumelle et sombre

    Qui se couche et s'allonge au pied de ce qui luit,

    De tout ce qui nous charme as su doubler le nombre,

    À chaque objet donnant une ombre

    Souvent plus charmante que lui !

     

    Je t'adore, Soleil ! Tu mets dans l'air des roses,

    Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson !

    Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses !

    Ô Soleil ! toi sans qui les choses

    Ne seraient que ce qu'elles sont !

    Edmond Rostand


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  • Quand la Mer se déchaîne !

    Que la mer est belle avec ses blancs moutons !

    Mais soudain, elle se change en mégère impromptue :

    Fantastique et sublime, semblable à mille démons

    Qui fondent sur les maisons et font trembler les nues !

     

    Dans un ciel assombrit, déchiré par l'éclair,

    Le vent et le tonnerre font plier les grands arbres,

    Ballotant les oiseaux qui cherchent un repaire.

    Neptune et Jupiter, ont réuni leurs armes !

     

    L'homme seul, au milieu des éléments déchaînés

    Doit lutter pour sa vie et sauver son bateau,

    Face aux furies infernales et déterminées,

    Qui veulent à tout prix : l'emmener aux fond des eaux...

     

    Pauvres marins luttant contre : vague et orages,

    Il vous reste " un ami - un guide sur la terre "

    Debout sur les rochers, tout au bord du rivage,

    Un ange solitaire scintille dans les ténèbres.

     

    Seul, stoïque, le gardien de phare - coupé u monde,

    Assume et reste là... pour que les autres vivent !

    Harcelé de milliers de lames qui l'inondent,

    L'encerclent, l'agrippent et meurent en vaines offensives !

     

    Là où finit la terre, la mer a on royaume !

    Belliqueuse : elle monte jusqu'au toit des maisons

    Elle envahit les quais, et roule sur les chaumes,

    Bousculant sur la digue les curieux de saison.

     

    Le port avec ses rues sont recouverts d'écume,

    Comme en pleine montagne, on marche dans la neige !

    La mer est  mécontente et montre sa rancune,

    Mais les vieux loups de mer, connaissent bien sont manège !

     

    Déesse irascible, elle veut des sacrifices...

    En sortant de sont lit, comme une amante cruelle,

    Elle emporte avec elle les meilleurs de nos fils !

    Mais qui oserait dire : que la mer n'est pas belle ?...

    Jean Claude Brinette


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  • L'été

    Il brille, le sauvage été,

    La poitrine pleine de roses.

    Il brûle tout, hommes et choses,

    Dans sa placide cruauté.

     

    Il met le désir effronté

    Sur les jeunes lèvres décloses ;

    Il brille, le sauvage été,

    La poitrine pleine de roses.

     

    Roi superbe, il plane irrité

    Dans des splendeurs d'apothéoses,

    Sur les horizons grandioses ;

    Fauve dans la blanche clarté,

    Il brille, le sauvage Été.

    Théodore de Banville


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  • Sensation

    Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers.

    Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

    Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

    Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

     

    Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,

    Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;

    Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

    Par la Nature, heureux - comme avec une femme.

    Arthur Rimbaud


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  • Août

    Le soleil est toujours brûlant ; et les blés d'or,

    Autour des seuils, au bord des eaux, le long des sentes

    Au souffle assoupissant du fiévreux Thermidor

    Balancent tristement leurs ondes languissantes.

     

    Avec les blés les fruits, déjà mûrs, charment l'oeil.

    L'ombreux verger rougoie, et le pré chaud rayonne.

    Notre terre féconde étale avec orgueil

    Tous les dons de Cérès, tous les dons de Pomone.

     

    Le soleil est toujours brûlant ; mais les campeurs

    S'ébattent dans les flots de l'aurore aux étoiles.

    Et le Soir, dans les plis transparents de ses voiles,

    Nous apporte parfois d'enivrantes fraîcheurs.

     

    La rosée à foison choit des blanches nuées

    Sur les gazons roussis ; et, belle d'abandon,

    Mainte femme alanguie, accoudée au balcon,

    Livre au vent de la nuit ses tresses dénouées.

     

    Tous les amusements ont fuit de la cité.

    De Vaudreuil à Gaspé le Plaisir nous allèche,

    Nous prodigue les bains, les régates, la pêche,

    Le gazouillis des eaux, l'air et la liberté.

     

    Le soleil est toujours brûlant ; mais de nos rives

    Et de nos monts altiers, en de bruyants essaims,

    Les touristes cossus des grands États voisins

    Animent les hôtels, les bosquets, les eaux vives.

     

    Et pendant qu'assoiffés de frais, de gais flâneurs

    S'en vont sous le feuillage ombreux, manger sur l'herbe,

    Revenus de leurs champs glanés, des moissonneurs,

    Joyeux, le rye en main, mouillent la grosse gerbe.

    William Chapman


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