• Calme intérieur

    Tout est calme

    Pendant l'hiver

    Au soir quand la lampe s'allume

    A travers la fenêtre où on la voit courir

    Sur le tapis des mains qui dansent

    Une ombre au plafond se balance

    On parle plus bas pour finir

    Au jardin les arbres sont morts

    Le feu brille

    Et quelqu'un s'endort

    Des lumières contre le mur

    Sur la terre une feuille glisse

    La nuit c'est le nouveau décor

    Des drames sans témoin qui se passent dehors.

    Pierre Reverdy


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  • La mort des oiseaux

    Le soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois

    À la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois.

    Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,

    Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne,

     

    Se balancent au vent sur un ciel gris de fer.

    Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver !

    Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,

    Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes

     

    Dans le gazon d'avril, où nous irons courir.

    Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?

    François Coppée


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  • Le bonhomme de neige

    Les enfants du pays m'ont fait naître un beau soir

    Au milieu de leurs cabrioles.

    Dans ma bouche sans dents, les passants ont pu voir

    La pipe du maître d'école !

     

    Un béret sur ma tête, posé de guingois,

    Dandine son pompon de laine.

    Mes yeux au noir regard sont des charbons de bois

    Et mes mains de pauvres mitaines.

     

    Puis, dans leur folle ronde, ils ont ri de mon nez

    Taillé dans une grosse pomme ;

    Mais, me voyant pleurer, ils ont dit, chagrinés :

    " Il fond déjà, le vieux bonhomme ! "

    Odette Casadesus


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  • Paris blanc

    La neige et la nuit

    Tombent sur Paris,

    A pas de fourmi.

     

    Et la ville au vent

    Peint l'hiver en blanc,

    A pas de géant.

     

    La Seine sans bruit

    Prend couleur d'encens

    Et de tabac gris.

     

    A l'hiver en blanc,

    Le temps se suspend,

    A pas de fourmi.

     

    A pas de géant

    Tombent sur Paris

    La neige et la nuit.

    Pierre Coran


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  • Profitez bien de cette belle journée d'hiver.

    Hivernale

    C'est le petit matin, il gèle à pierre fendre.

    Il n'y a aucun bruit dans le jardin figé.

    Le merle, le pinson ne se font plus entendre.

    Le décor familier a tout à coup changé.

     

    Un voile scintillant emmitoufle les arbres,

    Les cyclamens noircis, les bordures d'oeillets.

    Le givre a recouvert la fontaine de marbre

    Où ne s'abreuve plus l'abeille de juillet.

     

    Accrochées au portail, des toiles d'araignées

    Offrent leurs napperons crochetés de fil blanc.

    Dans le patio désert, la chaise dédaignée

    N'accueille plus l'ami, sincère, vigilant.

     

    Sur la vitre le gel sculpte des paysages,

    Des roses, des palmiers ou l'envol d'un oiseau.

    Implacable, cruel, dans sa quête sauvage,

    Il a emprisonné l'eau vive du ruisseau.

     

    Sur l'Indre, près du pont, les canards se rassemblent,

    Indifférents à tout, jacassant, caquetant ;

    Sur l'onde qui verdoie, ils régatent ensemble,

    Ignorant la froidure et la rigueur du temps.

     

    Un soleil pâle et froid en cet instant se lève

    Sur les arbres meurtris du petit bois. Pourtant,

    Il est doux de penser qu'à la première sève,

    L'hirondelle dira le retour du printemps.

    Renée Jeanne Mignard


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