• Avril

    Simone, le soleil rit sur les feuilles de houx :

    Avril est revenu pour jouer avec nous.

    Il porte des corbeilles de fleurs sur les épaules,

    Il les donne aux épines, aux marronniers, aux saules ;

    Il les sème une à une parmi l'herbe des prés,

    Sur le bord des ruisseaux, des mares et des fossés ;

    Il garde les jonquilles pour l'eau, et les pervenches

    Pour les bois, aux endroits où s'allongent les branches ;

    Il jette les violettes à l'ombre, sous les ronces

    Où son pied nu, sans peur, les cache et les enfonce ;

    A toutes les prairies, il donne les pâquerettes,

    Et des primevères qui ont un collier de clochettes ;

    Il laisse les muguets tomber dans les forêts

    Avec les anémones, le long des sentiers frais ;

    Il plante des iris sur le toit des maisons,

    Et dans notre jardin, Simone, où il fait bon,

    Il répandra des ancolies et des pensées,

    Des jacinthes et la bonne odeur des giroflées.

    Rémy de Gourmont


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  • Pâquerette

    Pâquerette, pâquerette,

    Il y a des gouttes d'eau

    Sur ta collerette

    Et tu plies un peu le dos...

    Pâquerette, pâquerette,

    Le beau soleil printanier

    Viendra-t-il les essuyer ?

     

    Pâquerette, pâquerette,

    Qui souris près du sentier,

    Je te le souhaite...

     

    Pâquerette, pâquerette,

    Il y a sur ton coeur d'or

    Un frelon en fête ;

    Tant il est ivre qu'il dort !

    Pâquerette, pâquerette,

    L'aile du vent printanier

    Va-t-elle le balayer ?

     

    Pâquerette, pâquerette,

    Qui rêves près du sentier,

    Je te le souhaite.

    Philéas Lebesgue


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  • Au printemps

    Regardez les branches

    Comme elles sont blanches !

    Il neige des fleurs.

    Riant dans la pluie,

    Le soleil essuie

    Les saules en pleurs

    Et le ciel reflète,

    Dans la violette

    Ses pures couleurs...

    La mouche ouvre l'aile

    Et la demoiselle

    Aux prunelles d'or,

    Au corset de guêpe

    Dépliant son crêpe,

    A repris l'essor.

    L'eau gaîment babille,

    Le goujon frétille

    Un printemps encore !

    Théophile Gautier


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  • Avril

    Avril à l'air léger, sonore et lumineux,

    Fait passer sur la rue où fume un peu de glace

    En vibrante fumée incolore et fugace,

    Le vent qui penchera les rosiers épineux.

     

    Le soleil, boule d'or au ciel vertigineux,

    Impatient d'atteindre à sa plus haute place,

    Monte, et le vent devient plus tiède sur la face ;

    La neige fond au pied des sapins résineux.

     

    Monte, divin soleil, afin que tout renaisse !

    Rends au coeur épuisé le sang de sa jeunesse,

    Comme tu rajeunis la sève des vieux bois !

     

    Monte, fleuris la terre, épanouis les âmes !

    O source de vigueur, monte afin que je sois

    Plein de force et d'amour, comme toi plein de flammes !

    Albert Lozeau


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  • Au bois

    Nous étions, elle et moi, dans cet avril charmant

    De l'amour qui commence en éblouissement.

    Ô souvenirs ! ô temps ! heures évanouies !

    Nous allions, le coeur plein d'extases inouïes,

    Ensemble dans les bois, et la main dans la main.

    Pour prendre le sentier pour marcher dans les herbes.

    Le ciel resplendissait dans ses regards superbes ;

    Elle disait : Je t'aime ! et je me sentais dieu.

     

    Parfois, près d'une source, on s'asseyait un peu.

    Que de fois j'ai montré sa gorge aux branches d'arbre !

    Rougissante et pareille aux naïades de marbre,

    Tu baignais tes pieds nus et blancs comme le lait.

    Puis nous nous en allions rêveurs. Il me semblait,

    En regardant autour de nous les pâquerettes,

    Les boutons-d'or joyeux, les pervenches secrètes

    Et les frais liserons d'une eau pure arrosés,

    Que ces petites fleurs étaient tous les baisers

    Tombés dans le trajet de ma bouche à ta bouche

    Pendant que nous marchions ; et la grotte farouche

    Et la ronce sauvage et le roc chauve et noir,

    Envieux, murmuraient : Que va dire ce soir

    Diane aux chastes yeux, la déesse étoilée,

    En voyant toute l'herbe au fond du bois foulée ?

    Victor Hugo


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