• Douceur d'avril

    J'ai peur d'avril, peur de l'émoi

    Qu'éveille sa douceur touchante ;

    Vous qu'elle a troublés comme moi,

    C'est pour vous seuls que je la chante.

     

    En décembre, quand l'air est froid,

    Le temps brumeux, le jour livide,

    Le cœur, moins tendre et plus étroit,

    Semble mieux supporter son vide.

     

    Rien de joyeux dans la saison

    Ne lui fait sentir qu'il est triste ;

    Rien en haut, rien à l'horizon

    Ne révèle qu'un ciel existe.

     

    Mais, dès que l'azur se fait voir,

    Le cœur s'élargit et se creuse,

    Et s'ouvre pour le recevoir

    Dans sa profondeur douloureuse ;

     

    Et ce bleu qui lui rit de loin,

    L'attirant sans jamais descendre,

    Lui donne l'infini besoin

    D'un essor impossible à prendre.

     

    Le bonheur candide et serein

    Qui s’exhale de toutes choses,

    L’oppresse, et son premier chagrin

    Rajeunit à l'odeur des roses.

     

    Il sent, dans un réveil confus,

    Les anciennes ardeurs revivre,

    Et les mêmes anciens refus

    Le repousser dès qu'il s'y livre.

     

    J'ai peur d'avril, peur de l'émoi

    Qu'éveille sa douceur touchante ;

    Vous qu'elle a troublés comme moi,

    C'est pour vous seuls que je la chante.

    René-François Sully Prudhomme


    22 commentaires
  • Chanson de printemps

    Viens ! enfant, la terre s'éveille,

    Le soleil rit au gazon vert !

    La fleur au calice entr'ouvert

    Reçoit les baisers de l'abeille.

    Respirons cet air pur !

    Enivrons-nous d'azur !

    Là-haut sur la colline

    Viens cueillir l'aubépine !

    La neige des pommiers

    Parfume les sentiers.

     

    Viens ! enfant, voici l'hirondelle,

    Qui passe en chantant dans les airs ;

    Ouvre ton âme aux frais concerts

    Éclos sous la feuille nouvelle.

    Un vent joyeux, là-bas,

    Frémit dans les lilas ;

    C'est la saison bénie,

    C'est l'amour, c'est la vie !

    Qu'un fleuve de bonheur

    Inonde notre cœur.

     

    Viens ! enfant, c'est l'heure charmante

    Où l'on voudrait rêver à deux ;

    Mêlons nos rêves et nos vœux

    Sous cette verdure naissante ;

    Salut, règne des fleurs,

    Des parfums, des couleurs !

    Les suaves haleines

    Voltigent sur les plaines ;

    Le cœur épanoui

    Se perd dans l'infini !

    Eugène Tourneux


    29 commentaires
  • Le printemps est en avance

    En voyant les amandiers

    tout fleuris dès février,

    chaque année ont dit, on pense

    " Le printemps est en avance ! "

    Michel Astre


    18 commentaires
  • Bonjour

    Comme un diable au fond de sa boite,

    le bourgeon s'est tenu caché...

    mais dans sa prison trop étroite

    il baille et voudrait respirer.

     

    Il entent des chants, des bruits d'ailes,

    il a soif de grand jour et d'air...

    il voudrait savoir les nouvelles,

    il fait craquer son corset vert.

     

    Puis, d'un geste brusque, il déchire

    son habit étroit et trop court

    "Enfin, se dit-il, je respire,

    je vis, je suis libre... bonjour !"

    Paul Geraldy


    36 commentaires
  • Journée de printemps

    Ici, le rocher, l'arbre et l'eau

    Font pour mon œil ce qu'il convoite.

    Tout ce qui luit, tremble ou miroite,

    Forme un miraculeux tableau.

     

    Sur le murmure qui se ouate

    Le rossignol file un solo :

    L'écorce blanche du bouleau

    Met du mystique dans l'air moite.

     

    A la fois légère et touffue

    La lumière danse à ma vue

    Derrière l'écran du zéphyr ;

     

    Je m'attarde, et le soir achève

    Avec de l'ombre et du soupir

    La félicité de mon rêve.

    Maurice Rollinat


    16 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique