• Fenêtre sur mer

    Ma fenêtre est ouverte et mon jardin s'endort,

    Des cloches, dans le soir, bercent ma rêverie,

    Il pleut. Et les bateaux s'en reviennent au port,

    Les quais sont des miroirs que la nuit réfléchit.

     

    Dans un tumultueux et ivre tournoiement,

    Le vent vient accoster au petit pont de bois,

    Les barques, amarrées gréement contre gréement

    Comme des fiancées, balancent et ondoient.

     

    Et quand le ciel mouvant se tourne et puis s'abaisse,

    Que l'horizon se vêt de cendres et de suie,

    Quand la félicité me fuit et me délaisse,

    Je m'endors, doucement, comme l'oiseau au nid.

    Cypora Sebagh


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  • Le temps des moissons

    Le temps de la moisson est enfin arrivé ;

    Lorsque les blés sont mûrs, il faut les ramasser.

    La récolte sera, je veux le croire, bonne ;

    Elle devrait payer le mal que l'on se donne.

    Ce n'est pas en dormant que le travail se fait,

    Mais c'est en moissonnant que l'on remplit la maie.

    Pour pouvoir récolter, il faut avoir semé ;

    Semer à tous les vents tout ce qui peut germer.

    Et moi, si je voulais que tu puisses me lire,

    Il fallait bien qu'un jour je me mette à écrire.

    Dans ma petite tête, parfois il germe des idées,

    Et je les plante là, sur un simple papier.

    À présent, tu me lis, tu deviens mon ami ;

    Et, je ne suis plus seule à rêver dans la nuit.

    Je sais que mes mots ne valent pas grand chose,

    J'ai peur de les montrer. Mais pour une fois j'ose...

     

    À présent tu me lis, et tu sais que j'existe.

    C'est peut-être pour toi que j'entre dans la piste.

    Je fais mon numéro et j'attends les bravos ;

    Je ne récolterai peut-être qu'un zéro...

    Je viens de moissonner mes tous derniers poèmes

    La terre était inculte, ils ont poussé quand même ;

    Ils sont un peu tordus et pas très présentables,

    Mais ils sont arrivés, tu vois, jusqu'à ta table.

    Tout ce que j'ai écrit, tu diras : c'est banal.

    Pourtant tu m'auras lu, ce n'est déjà pas si mal...

    À travers tous ces mots, tu voudras me chercher,

    Peut-être simplement, pour pouvoir te moquer !

    Quand on sème le vent, ce n'est pas toujours la fête ;

    On récolte souvent, il paraît la tempête...

    Mes écrits, maintenant au loin vont s'envoler.

    Ils sortent de mon cœur ; veux-tu les ramasser...

    Blanche Maynadier


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  • Attention au départ

    Éloignez-vous du quai attention au départ

    Les sacs et les valises envahissent le couloir

    Le même tango dans toutes les gares

    L'amour se lit dans un regard

    Des bras se lèvent une main s'agite et au revoir.

     

    Un train s'éloigne un autre arrive

    Sur le côté un coup de poing une douleur vive

    Les portes se ferment les cœurs partent à la dérive

    Appelle-moi quand tu arrives.

     

    La gare se vide autour de moi chacun s'active

    Les forces me manquent pour rejoindre la rive

    KO debout je ne sais pas ce qui m'arrive

    L'amour s'en va il faut que je t'écrive

    Que tu me manques que ça me prive.

     

    Et que je tangue un peu comme un homme ivre.

    Alain Hannecart


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  • Les mouettes

    Ce sont ces grands oiseaux

    Clairs voyants et sereins

    Qui suivent les marins

    Sur les gouffres amers

    Et qui rient de concert

    Quand elles sont dans les airs.

     

    Ce sont ces grands oiseaux

    Au longues ailes blanches

    Qui suivent les bateaux

    Dont les mâts se balancent

    Et se donnent en spectacles

    En montant sur les planches.

    Alain Hannecart


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  • Aquarelliste

    Yvonne sérieuse au visage pâlot

    A pris du papier blanc et des couleurs à l'eau

    Puis rempli ses godets d'eau claire à la cuisine.

    Yvonnette aujourd'hui veut peindre. Elle imagine

    De quoi serait capable un peintre de sept ans.

    Fera-telle un portrait ? Il faudrait trop de temps.

    Et puis la ressemblance est un point difficile

    A saisir, il vaut mieux peindre de l'immobile.

    Et parmi l'immobile inscrit dans sa raison

    Yvonnette a fait le choix d'une belle maison

    Et la peint toute une heure en enfant douce et sage.

    Derrière la maison s'étend un paysage

    Paisible comme un front pensif d'enfant heureux,

    Un paysage vert avec des monts ocreux.

    Or plus haut que le toit d'un rouge de blessure

    Monte un ciel de cinabre où nul jour ne s'azure.

    Quand j'étais tout petit  aux cheveux longs rêvant,

    Quand je stellais le ciel de mes ballons d'enfant,

    Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette,

    Des paysages verts avec la maisonnette,

    Mais au lieu d'un ciel triste et jamais azuré

    J'ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.

    Guillaume Apollinaire


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