Carte Les gourmandises du dimanche

Il y a dans la vie des instants de bonheur qu'aucun poème ne peut résumer.
Jean Tétreau

Carte Bel été

Juillet
Le soleil brûle au fond de l'immense ciel bleu.
Pas un lambeau de vent ne traîne sur les ondes.
La canicule étreint dans un cercle de feu
Jusqu'aux sapins touffus des savanes profondes.
Les ruisseaux ont cessé leurs chants dans les vallons ;
Les coteaux sont jaunis, les sources desséchées ;
Le grillon, accablé, se tait sur les sillons ;
Le papillon se meurt sur les roses penchées.
Tout souffre et tout gémit dans ce nouvel enfer ;
Et, pâles et poudreux, en quête d'un asile,
Les citadins hier ont déserté la ville
Pour humer l'air léger des monts ou de la mer.
Mais l'effluve est aussi lourd dans le bas du fleuve,
Et le brun riverain, la faux sifflante aux poings
En ouvrant sa tranchée à travers les grands foins,
Péniblement halète, imprudemment s'abreuve.
Le soleil parfois semble une flaque de sang,
Et soudain un nuage à la frange écarlate
Monte de l'horizon. L'orage menaçant
Accourt. Déjà l'éclair brille, la foudre éclate.
Bientôt le ciel voilé laisse couler ses pleurs ;
Sous cette aspersion sonore, fraîche et dense,
Les arbres, les épis, les ajoncs et les fleurs
Ont l'air de s'incliner devant la Providence.
Mais l'azur resourit au terroir tout trempé,
Et, le soir, sur le pas de nos portes ouvertes,
Nous nous grisons de l'âcre odeur des feuilles vertes,
De l'orge blondissante et du foin frais coupé.
William Chapman

Enveloppes Bonnes vacances

Pourquoi en vacances, s'obstine-t-on à choisir douze cartes postales différentes alors qu'elles sont destinées à douze personnes différentes ?
Sacha Guitry

Carte Pique-nique gourmand

On peut espérer que, lorsqu'ils seront les maîtres du monde, les insectes se souviendront avec reconnaissance que nous les avons plutôt bien nourris lors de nos pique-niques.
Colette

Carte Dites-le avec des Roses

L'immortalité de la rose consiste dans le fait qu'elle est la sœur jumelle des roses futures.
Ramon Gomez De La Serna

Carte Soleils

Le jaune
Le soleil est debout devant son chevalet
Tout près de l'eau qui jase emplissant le bassin
Il peint des coquelicots dans un grand champs de blé
Il peint des boutons d'or qui éclairent la campagne.
Il peint des tournesols et des reines marguerites
Elles sont fragiles et gais avec un cœur tout neuf
Comme les petits poussins tout juste sortis de l’œuf
Elles ôtent leurs habits comme ils ôtent leur coquille.
Il peint la grosse chaleur qui caresse les pins
Les tâches de lumière qui traversent les ombres
La vibration de l'air et le chant des cigales.
Il peint les phares perdus en mer et les étoiles
Fantastiques lucioles qui clignotent et s'éteignent
Comme les petites touches qui illuminent sa toile.
Alain Hannecart

Carte Le temps des moissons

Le temps des moissons
Le temps de la moisson est enfin arrivé ;
Lorsque les blés sont mûrs, il faut les ramasser.
La récolte sera, je veux le croire, bonne ;
Elle devrait payer le mal que l'on se donne.
Ce n'est pas en dormant que le travail se fait,
Mais c'est en moissonnant que l'on remplit la maie.
Pour pouvoir récolter, il faut avoir semé ;
Semer à tous les vents tout ce qui peut germer.
Et moi, si je voulais que tu puisses me lire,
Il fallait bien qu'un jour je me mette à écrire.
Dans ma petite tête, parfois il germe des idées,
Et je les plante là, sur un simple papier.
À présent, tu me lis, tu deviens mon ami ;
Et, je ne suis plus seule à rêver dans la nuit.
Je sais que mes mots ne valent pas grand chose,
J'ai peur de les montrer. Mais pour une fois j'ose...
À présent tu me lis, et tu sais que j'existe.
C'est peut-être pour toi que j'entre dans la piste.
Je fais mon numéro et j'attends les bravos ;
Je ne récolterai peut-être qu'un zéro...
Je viens de moissonner mes tous derniers poèmes
La terre était inculte, ils ont poussé quand même ;
Ils sont un peu tordus et pas très présentables,
Mais ils sont arrivés, tu vois, jusqu'à ta table.
Tout ce que j'ai écrit, tu diras : c'est banal.
Pourtant tu m'auras lu, ce n'est déjà pas si mal...
À travers tous ces mots, tu voudras me chercher,
Peut-être simplement, pour pouvoir te moquer !
Quand on sème le vent, ce n'est pas toujours la fête ;
On récolte souvent, il paraît la tempête...
Mes écrits, maintenant au loin vont s'envoler.
Ils sortent de mon cœur ; veux-tu les ramasser...
Blanche Maynadier




À nous les bonnes glaces !





