Carte Automne
Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver.
Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage.
Christian Bobin


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Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver.
Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage.
Christian Bobin



Quand je serai un mot
Quand je serai un mot,
Je sèmerai des phrases
Rien qu'en tournant le dos
A tous les mots qui jasent...
Car des milliers de mots
Parleront dans mon dos !
Anne Schwarz-Henrich


Quand on ne travaillera plus les lendemains des jours de repos, la fatigue sera vaincue.
Alphonse Allais


Soupir
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.
Stéphane Mallarmé


Clair de lune
Le clair de lune sur la ville est endormi.
Dans le ciel ont coulé tant d'opales fondues
Qu'au loin, dans la lumière et l'ombre confondues,
Les astres éclipsés ne luisent qu'à demi.
Dans l'éblouissement, les étoiles cachées
Sont comme des yeux bleus qui regardent sans voir.
Le clair de lune règne et, conquérant du soir,
Fait un voile brillant aux étoiles cherchées.
Même ses bords palis sont lumineux encor,
Et tant qu'il reste au ciel, de larges bandes blanches
Décorent de clarté les maisons et les branches ;
Et, cependant, le clair de lune est comme mort !
Les étoiles, qu'il cache, ont des lueurs vivantes,
Elles traversent l'infini de longs frissons ;
La lune a des reflets bleuâtres de glaçons :
Pour elle est déjà vieux le temps des épouvantes !
Le clair de lune est triste et doux, il est ancien.
Comme un grand souvenir de royauté déchue,
Il dit la gloire antique et la splendeur perdue,
Plane, et dans la nuit calme, avec lenteur, s'éteint...
Albert Lozeau


Octobre
Les petits savoyards sont de retour,
et déjà leur cri interroge l'écho sonore du quartier ;
comme les hirondelles suivent le printemps, ils précèdent l'hiver.
Octobre, le courrier de l'hiver, heurte à la porte de
nos demeures. Une pluie intermittente inonde la vitre
offusquée, et le vent jonche des feuilles mortes du
platane le perron solitaire.
Voici venir les veillées de famille, si délicieuses
quand tout au dehors est neige, verglas et brouillard,
et que les jacinthes fleurissent sur la cheminée, à la
tiède atmosphère du salon.
Voici venir Saint-Martin et ses brandons, Noël et
ses bougies, le jour de l'an et ses joujoux, les Rois
et leur fève, le Carnaval et sa marotte.
Et Pasques, enfin, Pasques aux hymnes matinales et
joyeuses, Pasques dont les jeunes filles reçoivent la
blanche hostie et les œufs rouges !
Alors un peu de cendre aura effacé de nos fronts l'ennui
de six mois d'hiver, et les petits savoyards salueront
du haut de la colline le hameau natal
Aloysius Bertrand
