Carte printanière - La tulipe

La tulipe
Bel astre à qui je dois mon être et ma beauté,
Ajoute l'immortalité
A l'éclat non pareil dont je suis embellie ;
Empêche que le temps n'efface mes couleurs :
Pour trône donne-moi le beau front de Julie ;
Et, si cet heureux sort à ma gloire s'allie,
Je serai la reine des fleurs.
Pierre Corneille

Carte Joyeuses Pâques

La leçon de choses
Venez, poussins,
Asseyez-vous
Je vais vous instruire sur l’œuf
Dont tous vous venez, poussins.
L’œuf est rond
Mais pas tout à fait,
Il serait plutôt ovoïde
Avec une carapace
Et vous en venez tous, poussins.
Il est blanc
Pour votre race
Crème ou même orangé
Avec parfois collé
Un brin de paille.
Mais ça,
C'est un supplément.
À l'intérieur, il y a...
Mais pour y voir
Faut le casser
Et alors d'où - vous poussins - sortirez ?
Raymond Queneau

Carte Le temps des lilas

Lilas
C'est le temps des lilas : les brises en sont ivres.
Un jour ils ont éclos, attendus et soudains.
L'année oublie encor les neiges et les givres.
C'est le temps de laisser les plumes et les livres,
Et d'aller respirer au soleil des jardins.
C'est le temps des lilas : tout le village embaume.
Mauves ou blancs, à peine ouverts ou déjà mûrs.
Ils font du moindre enclos un merveilleux royaume,
Et sur la tuile neuve ou sur l'antique chaume
Un flot de fleurs déferle au bord de tous les murs.
Fernand Gregh

Carte A une jeune fille - Poème

A une jeune fille
Vous qui ne savez pas combien l'enfance est belle,
Enfant ! n'enviez point notre âge de douleurs,
Où le cœur tour à tour est esclave et rebelle,
Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs.
Votre âge insouciant est si doux qu'on l'oublie !
Il passe, comme un souffle au vaste champ des airs,
Comme une voix joyeuse en fuyant affaiblie,
Comme un alcyon sur les mers.
Oh ! ne vous hâtez point de mûrir vos pensées !
Jouissez du matin, jouissez du printemps ;
Vos heures sont des fleurs l'une à l'autre enlacées ;
Ne les effeuillez pas plus vite que le temps.
Laissez venir les ans ! Le destin vous dévoue,
Comme nous, aux regrets, à la fausse amitié,
A ces maux sans espoir que l'orgueil désavoue,
A ces plaisirs qui font pitié.
Riez pourtant ! du sort ignorez la puissance
Riez ! n'attristez pas votre front gracieux,
Votre œil d'azur, miroir de paix et d'innocence,
Qui révèle votre âme et réfléchit les cieux !
Victor Hugo

Petites cartes printanières

À l'aube du printemps
À l'aube du printemps,
Comme un coucou malin,
Dans le douillet du nid
D'une grive insouciante,
Entre les œufs bleutés,
J'ai glissé mon poème
Pour qu'il sache chanter.
Et maintenant j'attends
L'éclosion avec hâte
Pour savoir si mes mots
Sauront aussi voler.
Paul Bergèse
















