• Parle-moi ! Que ta voix me touche !...

    Parle-moi ! Que ta voix me touche !

    Chaque parole sur ta bouche

    Est un écho mélodieux !

    Quand ta voix meurt dans mon oreille,

    Mon âme résonne et s'éveille,

    Comme un temple à la voix des dieux !

     

    Un souffle, un mot, puis un silence,

    C'est assez : mon âme devance

    Le sens interrompu des mots,

    Et comprend ta voix fugitive,

    Comme le gazon de la rive

    Comprend le murmure des flots.

     

    Un son qui sur ta bouche expire,

    Une plainte, un demi-sourire,

    Mon cœur entend tout sans effort :

    Tel, en passant par une lyre,

    Le souffle même du zéphyre

    Devient un ravissant accord !

    Alphonse de Lamartine


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  • Minute sentimentale

    Amour plus que beauté me touche,

    O ma mignonne, et j'aime mieux,

    Bien mieux, ton regard que tes yeux,

    Et ton sourire que ta bouche !

     

    Pour tout le monde, c'est certain,

    Ta bouche est enfantine et ronde,

    Et tes yeux sont pour tout le monde

    Bleus comme le ciel du matin.

     

    Mais pour moi seul, tu me le jures,

    Brilla ce regard attendri ;

    Pour moi, pour moi seul, ont souri

    Si doucement ces lèvres pures !

     

    Avant de m'avoir pour amant,

    A d'autres tu semblais jolie ;

    Mais par moi tu fus embellie

    De la beauté d'un sentiment.

    François Coppée


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  • Dis-lui !

    Dis-lui que le zéphyr a éteint la chandelle,

    La source, qui vivait dans mes yeux, s'est tarie

    Et qu'il n'en reste rien, pas même une parcelle :

    Même les souvenirs heureux se sont enfuis.

     

    Dis-lui que, plus jamais, lorsque tu le verras,

    Mon cœur cadenassé bondit de ma poitrine,

    Je ne le pleure plus et ne regrette pas

    Ses belles mains racées, ni sa lèvre assassine.

     

    Dis-lui que s'est fini, que je ne l'aime plus,

    Dis-lui ma vérité, même si c'est mensonge,

    Car je l'ai oublié, non, je ne l'attends plus,

    Il ne vient plus hanter ni mes nuits, ni mes songes.

     

    J'ai brisé le miroir où s'éteignaient nos yeux

    Et j'ai gommé les mots qui me parlaient de lui,

    Dis-lui que j'ai jeté ses lettres dans le feu,

    Même si c'est pas vrai, dis-le lui, je t'en prie !

     

    Dis-lui que le zéphyr a éteint la chandelle,

    La source, qui vivait dans mes yeux, s'est tarie

    Mais qu'il ne sache pas, qu'affligée, je l'appelle

    En sanglots étouffés tout au fond de mon lit !

    Cypora Sebagh


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  • Comme aux âges naïfs

    Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon cœur,

    Ainsi qu'une ample fleur,

    Qui s'ouvre pure et belle aux heures de rosée ;

    Entre ses plis mouillés ma bouche s'est posée.

     

    Le fleur, je la cueillis avec des doigts de flamme,

    Ne lui dis rien : car tous les mots sont hasardeux

    C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.

     

    La fleur qui est mon cœur et mon aveu,

    Tout simplement, à tes lèvres confie

    Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie

    Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu.

     

    Laissons l'esprit fleurir sur les collines

    En de capricieux chemins de vanité,

    En faisons simple accueil à la sincérité

    Qui tient nos deux cœurs vrais en ses mains cristallines

    Et rien n'est beau comme une confession d'âmes

    L'un à l'autre, le soir, lorsque la flamme

    Des incomparables diamants

    Brûle comme autant d'yeux

    Silencieux

    Le silence des firmaments.

    Émile Verhaeren


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  • Ritournelle

    Dans la plaine blonde et sous les allées,

    Pour mieux faire accueil au doux messidor,

    Nous irons chasser les choses ailées

    Moi, la strophe, et toi, le papillon d'or.

     

    Et nous choisirons les routes tentantes,

    Sous les saules fris et près des roseaux,

    Pour mieux écouter les choses chantantes,

    Moi, le rythme, et toi, le chœur des oiseaux.

    Suivant tous les deux les rives charmées

    Que le fleuve bat de ses flots parleurs,

    Nous vous trouverons, choses parfumées,

    Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.

     

    Et l'amour, servant notre fantaisie,

    Fera ce jour-là l'été plus charmant ;

    Je serai poète, et toi poésie.

    Tu seras plus belle, et moi plus aimant.

    François Coppée


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