• Prière au printemps

    Toi qui fleuris ce que tu touches,

    Qui, dans les bois, aux vieilles souches

    Rends la vigueur,

    Le sourire à toutes les bouches,

    La vie au cœur ;

     

    Qui changes la boue en prairies,

    Sèmes d'or et de pierreries

    Tous les haillons,

    Et jusqu'au seuil des boucheries

    Mets des rayons !

     

    Ô printemps, alors que tout aime,

    Que s'embellit la tombe même,

    Verte au dehors,

    Fais naître un renouveau suprême

    Au cœur des morts !

     

    Qu'ils ne soient pas les seuls au monde

    Pour qui te restes inféconde,

    Saison d'amour !

    Mais fais germer dans leur poussière

    L'espoir divin de la lumière

    Et du retour !

    René-François Sully Prudhomme


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  • Mai

    Hosanna ! La forêt renaît de ses ruines

    La mousse agrafe au roc sa mante de velours

    La grive chante ; au loin les grands bœufs de labours

    S'enfoncent tout fumants dans les chaudes bruines.

     

    Le soleil agrandit l'ordre de son parcours

    On ne sait quels frissons passent dans les ravines

    Et dans l'ombre des nids, fidèle aux lois divines,

    Bientôt va commencer la saison des amours !

     

    Aux échos d'alentour chantant à gorge pleine,

    Le semeur, dont la main fertilise la plaine,

    Jette le froment d'or dans les sillons fumés.

     

    Sortons tous ; et, groupés sur le seuil de la porte,

    Aspirons à loisir le vent qui nous apporte

    Comme un vague parfum de lilas embaumé.

    Louis Honoré Fréchette


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  • Printemps d'Avril

    Ma mie, à son toit fidèle,

    La frétillante hirondelle

    Revient du lointain exil.

    Déjà le long des rivages

    S'égaie un sylphe subtil,

    Qui baise les fleurs sauvages :

    Voici le printemps d'Avril !

     

    C'est le moment où les fées,

    De volubilis coiffées,

    Viennent, au matin changeant,

    Sur le bord vert des fontaines,

    Où court le flot diligent,

    Charmer les biches hautaines

    De leurs baguettes d'argent.

     

    Elles dansent à l'aurore

    Sur l'herbe, où les suit encore

    Un troupeau de nains velus.

    Ne va pas, enfant sereine,

    Au fond des bois chevelus ;

    Elles te prendraient pour reine,

    Et je ne te verrais plus !

    Théodore de Banville


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  • Le printemps

    Dans les cieux que son orbe dore,

    Le soleil monte radieux ;

    Sous ses rayons on voit éclore

    Tout un monde mystérieux.

    La nature s'éveille et chante

    Et s'emplit de tendres soupirs ;

    Partout la feuille frémissante

    S'ouvre aux caresses des zéphirs.

     

    La rose se penche vermeille,

    Tout près du lis embaumé,

    Et, sur le trèfle blanc, l'abeille,

    Vient puiser son miel parfumé.

    Près de la source qui murmure

    Sur son lit de cailloux brunis,

    On entend dans chaque ramure

    Le doux gazouillement des nids.

     

    C'est le printemps, c'est la jeunesse,

    C'est le réveil de l'univers ;

    C'est la mystérieuse ivresse

    Qui frémit sous les arbres verts.

    Et, puisqu'ici bas tout s’enivre,

    Les oiseaux, les feuilles, les fleurs,

     

    Enfants, vous qui vous sentez vivre,

    A l'allégresse ouvrez vos cœurs.

    Napoléon Legendre


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  • La tulipe

    Bel astre à qui je dois mon être et ma beauté,

    Ajoute l'immortalité

    A l'éclat non pareil dont je suis embellie ;

    Empêche que le temps n'efface mes couleurs :

    Pour trône donne-moi le beau front de Julie ;

    Et, si cet heureux sort à ma gloire s'allie,

    Je serai la reine des fleurs.

    Pierre Corneille


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