• Lilas

    C'est le temps des lilas : les brises en sont ivres.

    Un jour ils ont éclos, attendus et soudains.

    L'année oublie encor les neiges et les givres.

    C'est le temps de laisser les plumes et les livres,

    Et d'aller respirer au soleil des jardins.

    C'est le temps des lilas : tout le village embaume.

    Mauves ou blancs, à peine ouverts ou déjà mûrs.

    Ils font du moindre enclos un merveilleux royaume,

    Et sur la tuile neuve ou sur l'antique chaume

    Un flot de fleurs déferle au bord de tous les murs.

    Fernand Gregh


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  • Les iris

    Des iris bleus, des iris jaunes

    Timides s'ouvrent sous les aulnes.

     

    Ils paraissent tout étonnés

    Un matin d'avril d'être nés.

     

    Ces fleurs honteuses d'être nues

    Ont les frayeurs des ingénues.

     

    Le vol léger d'un gai pinson

    Leur fait passer un lent frisson.

     

    Contre les brises matinales

    Elles raidissent leurs pétales.

     

    Une jeune fille en passant

    Coupe les iris et les sent.

     

    Les lie avec un soin extrême

    En murmurant un nom qu'elle aime.

    Jacques-Marie Rougé


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  • Le pot de fleurs

    Parfois un enfant trouve une petite graine

    Et tout d'abord, charmé de ses vives couleurs,

    Pour la planter il prend un pot de porcelaine

    Orné de dragons bleus et de bizarres fleurs.

     

    Il s'en va. La racine en couleuvres s'allonge,

    Sort de terre, fleurit et devient arbrisseau ;

    Chaque jour, plus avant, son pied chevelu plonge,

    Tant qu'il fasse éclater le ventre du vaisseau.

     

    L'enfant revient ; surpris, il voit la plante grasse

    Sur les débris du pot brandir ses verts poignards ;

    Il la veut arracher, mais la tige est tenace ;

    Il s'obstine, et ses doigts s'ensanglantent au dards.

     

    Ainsi germa l'amour dans mon âme surprise ;

    Je croyais ne semer qu'une fleur de printemps :

    C'est un grand aloès dont la racine brise

    Le pot de porcelaine aux dessins éclatants.

    Théophile Gautier


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  • Chut

    Dans la prairie

    Aux boutons d'or

    Il te suffit

    De souffler fort,

    De souffler fort

    Sur la bougie,

    Sur la bougie

    D'un pissenlit

    Pour voir éclore

    En trois chut chut

    Toute une pluie

    De parachutes.

    Pierre Coran


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  • La violette

    Dans les prés verts où le ruisseau

    Passe et murmure,

    Tu mires au cristal de l'eau

    Ta tête pure ;

    Petite fleur qu'un souffle suit,

    - Si parfumée -

    Par toi la brise de la nuit

    Est embaumée.

     

    Lorsque l'étoile, à l'horizon,

    Pâle, s'allume,

    Sur ta corolle son rayon

    Blanc se parfume ;

    Quand tu fuis les regards de tous,

    Humble et discrète,

    Ton doux parfum, ô violette,

    Monte vers nous.

     

    Le premier souffle du printemps

    Te fait éclore.

    Et l'hiver qui blanchit nos champs

    Te voit encore ;

    Dans la mansarde, ô douce fleur,

    À la souffrance

    Tu portes l'agréable odeur

    Et l'espérance.

     

    Quand nos larmes tombent sur toi,

    Triste rosée,

    Tu consoles dans son émoi

    L'âme brisée ;

    Lorsque ton calice fermé

    Devient tout pâle,

    Ton dernier souffle qui s'exhale

    Est parfumé.

    Napoléon Legendre


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