• Nuit de neige

    La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.

    Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.

    Mais on entend parfois, comme une morne plainte,

    Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

     

    Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.

    L'hiver s'est abattu sur toute floraison.

    Des arbres dépouillés dressent à l'horizon

    Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

     

    La lune est large et pâle et semble se hâter.

    On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.

    De son morne regard elle parcourt la terre,

    Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

     

    Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,

    Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant.

    Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,

    Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

     

    Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !

    Un vent glacé frissonne et court par les allées.

    Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,

    Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

     

    Dans les grands arbres nus que couvre le verglas

    Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;

    De leur oeil inquiet ils regardent la neige,

    Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

    Guy de Maupassant


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  • Il a neigé la veille et, tout le jour, il gèle

    Il a neigé la veille et , tout le jour, il gèle.

    Le toit, les ornements de fer et la margelle

    Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc,

    Sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc.

    Le grésil a figé la nature, et les branches

    Sur un doux ciel perlé dressent leurs gerbes blanches.

    Mais regardez. Voici le coucher de soleil.

    À l'occident plus clair court un sillon vermeil.

    Sa soudaine lueur féerique nous arrose,

    Et les arbres d'hiver semblent de corail rose.

    François Coppée


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  • Il neige dans mes petites cartes.


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  • L'hiver

    Une nuit, la terre s'est endormie,

    Sous un manteau de neige tombée à gros flocons :

    Prés, chemins, maisons... sont blanchis

    D'un grand tapis moelleux qui s'étend jusqu'aux monts.

     

    Tous les canaux sont pris de glace

    Et les enfants joyeux se mettent à patiner.

    Parfois on aperçoit des traces

    Creusées dans la neige fraîche : des pas de sangliers,

     

    De leur excellent odorat

    Sous la neige épaisse, ils cherchent avec leur groin

    Châtaignes et glands, rien n'échappera...

    Car en janvier : la laie met bas ses marcassins.

     

    Jamais elle ne s'éloigne et veille

    Sur son nid de branches, caché, appelé chaudron,

    Là ses "petits rayés" sommeillent,

    Blottis l'un contre l'autre, attendant les mamelons.

     

    Certains chevreuils tentent une sortie

    Pour glaner dans les champs les restes des cultures,

    Et l'on entend au loin glapir

    Un couple de renards, insouciants dans leur rut.

     

    Essoufflés d'avoir tant couru,

    Les gosses rentrent à la maison près du feu de bois.

    Le soir, ils s'amusent les doigts nus,

    Sur les vitres givrées, à pousser les étoiles.

     

    Jean Claude Brinette


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  • L'hiver

    C'est l'hiver sans parfum ni chants...

    Dans le pré, les brins de verdure

    Percent de leurs jets fléchissants

    La neige étincelante et dure.

     

    Quelques buissons gardent encor

    Des feuilles jaunes et cassantes

    Que le vent âpre et rude mord

    Comme font les chèvres grimpantes.

     

    Et les arbres silencieux

    Que toute cette neige isole

    Ont cessé de se faire entre eux

    Leurs confidences bénévoles...

     

    - Bois feuillus qui, pendant l'été,

    Au chaud des feuilles cotonneuses

    Avez connu les voluptés

    Et les cris des huppes chanteuses,

     

    Vous qui, dans la douce saison,

    Respiriez la senteur des gommes,

    Vous frissonnez à l'horizon

    Avec des gestes qu'ont les hommes.

     

    Vous êtes las, vous êtes nus,

    Plus rien dans l'air ne vous protège,

    Et vos coeurs tendres ou chenus

    Se désespèrent sur la neige.

     

    - Et près de vous, frère orgueilleux,

    Le sapin où le soleil brille

    Balance les fruits écailleux

    Qui luisent entre ses aiguilles...

    Anna de Noailles


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