• Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme

    Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !

    Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !

    Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon âme ;

    Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.

     

    Sois toujours grave et douce, ô toi que j'idôlatre ;

    Que ton humble auréole éblouisse les yeux !

    Comme on verse un lait pur dans un vase d'albâtre,

    Emplis de dignité ton coeur religieux.


    Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protège.

    Brave l'hiver. Bientôt mai sera de retour.

    Dieu, pour effacer l'âge et pour fondre la neige,

    Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.

    Victor Hugo  


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  • Croquis de janvier

    Tout est dur, clair, sans voix, et mort ;

    l'hiver est fermé comme un livre.

    On dirait que la vie a tort

    de vouloir encor vivre.

     

    Le fleuve est pris ; le ciel si bas

    pèse sur les étendues blanches...

    Un oiseau pourtant chantera

    en avril, dans les branches.

     

    Guy-Charles Cros


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  • Nuit de neige

    La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.

    Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.

    Mais on entend parfois, comme une morne plainte,

    Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

     

    Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.

    L'hiver s'est abattu sur toute floraison.

    Des arbres dépouillés dressent à l'horizon

    Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

     

    La lune est large et pâle et semble se hâter.

    On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.

    De son morne regard elle parcourt la terre,

    Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

     

    Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,

    Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant.

    Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,

    Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

     

    Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !

    Un vent glacé frissonne et court par les allées.

    Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,

    Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

     

    Dans les grands arbres nus que couvre le verglas

    Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;

    De leur oeil inquiet ils regardent la neige,

    Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

    Guy de Maupassant


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  • Il a neigé la veille et, tout le jour, il gèle

    Il a neigé la veille et , tout le jour, il gèle.

    Le toit, les ornements de fer et la margelle

    Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc,

    Sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc.

    Le grésil a figé la nature, et les branches

    Sur un doux ciel perlé dressent leurs gerbes blanches.

    Mais regardez. Voici le coucher de soleil.

    À l'occident plus clair court un sillon vermeil.

    Sa soudaine lueur féerique nous arrose,

    Et les arbres d'hiver semblent de corail rose.

    François Coppée


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