• Hymne au soleil

    Roi du monde et du jour, guerrier aux cheveux d'or,

    Quelle main, te couvrant d'une armure enflammée,

    Abandonna l'espace à ton rapide essor,

    Et traça dans l'azur ta route accoutumée ?

    Nul astre à te côtés ne lève un front rival ;

    Les filles de la nuit à ton éclat pâlissent ;

    La lune devant toi fuit d'un pas inégal,

    Et ses rayons douteux dans les flots s'engloutissent.

    Sous les coups réunis de l'âge et des autans

    Tombe du haut sapin la tête échevelée ;

    Le mont même, le mont , assailli par le temps,

    Du poids de ses débris écrase la vallée ;

    Mais les siècles jaloux épargnent ta beauté :

    Un printemps éternel embellit ta jeunesse,

    Tu t'empares des cieux en monarque indompté,

    Et les voeux de l'amour t'accompagnent sans cesse.

    Quand la tempête éclate et rugit dans les airs,

    Quand les vents font rouler, au milieu des éclairs,

    Le char retentissant qui porte le tonnerre,

    Tu parais, tu souris, et consoles la terre.

    Hélas ! depuis longtemps tes rayons glorieux

    Ne viennent plus frapper ma débile paupière !

    Je ne te verrai plus, soit que, dans ta carrière,

    Tu verses sur la plaine un océan de feux,

    Soit que, vers l'occident, le cortège des ombres

    Accompagne tes pas, ou que les vagues sombres

    T'enferment dans le sein d'une humide prison !

    Mais , peut-être, ô soleil, tu n'as qu'une saison ;

    Peut-être, succombant sous le fardeau des âges,

    Un jour tu subiras notre commun destin ;

    Tu seras insensible à la voix du matin,

    Et tu t'endormiras au milieu des nuages.

    Pierre Baour-Lormian


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  • Sous quel rapport qu'on envisage la gourmandise, elle ne mérite qu'éloge et encouragement.
    Anthelme Brillat-Savarin


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  • Douce plage où naquit mon âme...

    Douce plage où naquit mon âme ;

    Et toi, savane en fleurs

    Que l'Océan trempe de pleurs

    Et le soleil de flamme ;

     

    Douce aux ramiers, douce aux amants,

    Toi de qui la ramure

    Nous charmait d'ombre, et de murmure,

    Et de roucoulements ;

     

    Où j'écoute frémir encore

    Un aveu tendre et fier -

    Tandis qu'au loin riait la mer

    Sur le corail sonore.

    Paul-Jean Toulet


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  • Sur la plage

    La plage étincelle, fume

    Et retentit, vaste enclume

    Que les vagues et le vent

    Couvrent de bruit et d'écume.

     

    Je vais, selon ma coutume,

    Le long du galet mouvant,

    Les yeux au large, rêvant

    Quelque rêve décevant

    Salé de fraîche amertume.

     

    Avec leurs doux cris joyeux

    Et leurs mines ingénues,

    De beaux enfants, jambes nues,

    Se mouillent à qui mieux mieux.

    De loin, les suit et les gronde

    Une vieille grand-maman.

     

    Une jeune femme blonde

    Lit toute seule un roman.

    Les légères mousselines

    Des nuages vgabonds

    Se déchirent aux collines.

    Les grandes vagues félines

    Se cabrent, puis font des bonds.

     

    Et je contemple l'abîme ;

    Et je voudrais, âme et corps,

    Me mêler aux longs accords

    Qui roulent de cime en cime.

    Émile Blémont


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  • Si d'autres fleurs décorent la maison

    Si d'autres fleurs décorent la maison

    Et la splendeur du paysage,

    Les étangs purs luisent toujours dans le gazon,

    Avec les grands yeux d'eau de leur mouvant visage.

     

    Dites de quels lointains profonds et inconnus

    Tant de nouveaux oiseaux sont-ils venus,

    Avec du soleil sur leurs ailes ?

     

    Juillet a remplacé Avril dans le jardin

    Et les tons bleus par les grands tons incarnadins,

    L'espace est chaud et le vent frêle ;

    Mille insectes brillent dans l'air, joyeusement,

    Et l'été passe, en sa robe de diamants

    Et d'étincelles.

    Émile Verhaeren


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